Le super grand Paris

avril 26, 2010

La province. Ses charmes inénarrables. L’odeur d’un champ souillé, un bar vide ici, un troquet rempli de piliers nationalistes. En contre point: L’émerveillement des provinciaux à paris. Un train passe sur un pont, un bus sous le même pont. Architecture du dix neuvième qui arrive encore à faire s’écarquiller des yeux. Un millier de personnes condensées sur quelques mètres carrés. Fascination du villageois, ébahit, qui connait tout de son village, ses adultères, ses rumeurs, ses ragots, ses tremblements et ses larmes. Le bus parle, sa voix de robot: la modernité plus belle que dans le poste de télévision.

Il faut qu’on arrête avec la campagne, avec la province, avec l’air pur de je ne sais où. Il y a des trous partout dans la couche d’ozone, et le dernier litre d’air pur respiré remonte à 1647. Même les esquimaux respirent du fuel passé à l’état gazeux. Les jolies vaches des champs ne sont qu’un mignon spectacle, une machination en carton pâte, une espèce de résurgence des trajets et  paysages vus des trains soviétiques, destinée à cacher les millions de vachettes sur toboggans métalliques que le boucher va saigner à 300 km/seconde.

La campagne n’intéresse plus personne et les dernières études montrent que les gens préféreraient bouffer du béton armé toute leur vie plutôt que de devenir agriculteur. On a pourtant là une étendue immense. Si toute la France (550.000 km carrés) était peuplée comme paris (20800 h/km carré), on aurait de quoi loger onze milliards de personnes. Faites le calcul, c’est authentique. Il faudrait qu’on arrête de nous dire qu’on ne peut pas héberger toute la misère du monde, on pourrait même la doubler et s’en tirer parfaitement. Les bébés boivent du lait en poudre, on pourrait s’y mettre. Le lactose détruit les organismes, de toute façon. On fonde notre croissance sur un produit très néfaste. A croire que la croissance est un concept putride en soi. Allaiter tue. Joli slogan. Quitte à être cynique, autant l’être partout. Le lait sera interdit dans les bars assez rapidement.

Imaginez Paris, onze milliards d’habitants, uniquement des parisiens, un million de lignes de métro, le double en ligne de bus, le lactose interdit, la disparition de l’extrême droite (essentiellement provinciale, c’est un fait), les voix robotiques des bus qui se mettent à chanter, les bousculades permanentes, un trajet dans la ville ressemblant à la traversée d’un terrain de rugby. Plaquages sous les rames de métro, étouffement assumés, des galeries souterraines plus longue que la muraille de chine. Une police de fait impuissante face à cette densité. Des parisiens qui partent en week-end à Paris. Qui hésitent à partir en vacances à Paris ou à Paris. Logique du sens.Flower Unpower…


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La bronchiolite passée à tabac.

avril 25, 2010

La dispersion est une vertu. Les cigarettes aussi d’ailleurs. Des vertus incarnées. La loi sur le tabac n’a sauvé personne. On va envisager de faire des lois sur les poumons. Ce sera bientôt chose faite. Les poumons encrassés auront leur place et leur sièges réservés, les poumons frais et roses auront évidemment de meilleures places. Apartheid sur les organes.

Quand on sera malade on n’ira plus chez le médecin, mais au commissariat. Par principe de précaution. Selon la force de la maladie, on aura droit à une nuit en cellule ou à un tabassage en règle. Trois coup de matraques et un coup de taser pour une bronchite. Une bronchiolite, vu que c’est plus petit, ne sera agrémentée que de quelques clefs de bras et brulures indiennes.

On pourrait organiser des dispersions justement, dans la manière de diriger. Partir dans tous les sens et l’assumer. Fonctionner comme une allergie. Le clonage, ça pourrait faire des choses splendides. Des chevaux de la taille d’un chat, ce serait une merveille. Le moral de la population grimperait en flèche. Des tomates pigeons, des veaux scorpions, une multitude de nouvelles possibilités, de nouveaux loisirs, un feu d’artifices d’organismes modifiés. La planète hurle son requiem sous forme de tsunamis, éruptions, cataclysmes en tout genre, panel éloquent de ses capacités en matière d’autodestruction. Elle vient narguer les plus suicidaires d’entre nous, qui souhaiteraient voir leur petits corps capables de se fendre en mille, dans un tremblement de chairs internes. Qui n’aimerait pas cracher du feu et bousiller l’aviation européenne d’un simple souffle? L’apocalypse nous nargue, offrant à nos impuissants regards ses pas de danse dont l’élégance n’a d’égale que la puissance.

Il est donc grand temps de démontrer à dame nature que nos propres capacités auto-destructrices, ont de quoi la faire pâlir. Imaginez une manifestations de lynx-pommes et d’ aigles-cyprès-tortues se tenant en bas des volcans islandais en éruption. Une forme de combat sans gagnants, sans perdants,. Juste une fuite en avant vers la fin, les deux pieds en avant. Hop.


La compagnie merveilleuse des transports

avril 13, 2010

Un sondage l’a révélé récemment. Fait par un institut. Un grand bâtiment, en briques noircies par les gaz. Quelque part en périphérie. En périphérie de quoi, on ne sait pas trop.

De ce bâtiment, ils envoient des stagiaires poser des questions aux passants. Des passants excités, on est à Paris. Passants dont les nerfs tiennent grâce à la caféine, à la taurine, aux amphétamines, allez savoir. Le sourire feint aux lèvres, le sourire-salaire, la voix salaire au téléphone, les questions sont posées. Dans les rues bondées. Dans les bus pleins à craquer, , sous forme de QCM à remplir. Une enquête soigneusement menée. Le verdict est tombé, sans appel. Vlan sur vos gueules. 72 % des français présenteraient les symptômes d’une débilité légère.

On commençait à s’en douter. A voir ces regards constamment terrorisés, dans le bus, dans le métro. Les mimiques à faire pâlir un physionomiste spécialisé en hypnose. Les signes étaient pourtant là. L’architecture solide est posée, pour faire croire à une égalité de vue.

Des affichettes colorées sont placardées depuis peu sur les vitres des bus. On peut voir, dessus, des figurines infantilisantes , énucléées et muettes nous demandant de valider notre titre de transport informatisé, arborant les couleurs de l’arc en ciel. Les contrôleurs, dans un futur proche, verbaliseront déguisé en casimir.

Dans un paysage ou l’horizon scintille, éclairé par la brillance sucrée du sirop déposé sur nos neurones, frauder devient un acte de civisme. L’homme arc en ciel, incarnation de la sentence. Souriez vous êtes filmés. On peut lire cela dans les bus. La caméra aussi sourit. A croire que Lewis Caroll a envahit la capitale.

Il faut n’avoir jamais mis un pied à Paris pour penser que les gens y sourient dans les transports en commun. Ne connaître aucun parisien.

Face à ces lois-slogans, absurdes, ces barrières peintes au pastel, ces petits détours qu’on fait quotidiennement pour contourner des lois de plus en plus insignifiantes, une vraie réforme des transports pourrait être amusante.

« La compagnie des transports merveilleux ». On pourrait envisager un réseau de transports d’avant garde. Des métros sous forme de grand huit, la fête foraine quotidienne, des pass Navigos gagnés à la loterie, ou au tir à la carabine. Huis vrilles et deux looping entre Réaumur Sébastopol et la Porte d’Orléans. Les contrôleurs seraient remplacés par des meutes de loups, prêt à mordre les chairs non validées dans les machines décorées de radieux sourires.

La mendicité se verrait inversée, de généreux donateurs distribuant des billets de banques, au hasard, selon les stations. De grands trampolines seraient installés pour sauter d’un quai à l’autre. D’ingénieux et ludiques systèmes prendraient forme, sorte de machines ornementales posées sur les quais. Des agents de la CTM distribueraient des perles d’huitres à gober, et une voix inviterait  les voyageurs les plus malheureux à s’auto-détruire de mille et une manière, dans une explosion orgasmique, rendant le bon vieux saut sous la rame désuet et ridicule.